01.06.23 TEXTO. #7

(Français)

À tous les oncles Denis de la terre…

Par Nicolas Gosselin

25 décembre 1987, Saint-Henri de Lévis, -21 degrés Celsius dehors, j’ai 12 ans….

Il est 18h10, on présente les 12 travaux d’Astérix à ciné-cadeau et je suis hypnotisé par la télé. Ma mère me parle, je fais semblant de ne rien entendre:

« Nicolas va te préparer, on part à 19h. J’ai placé tes vêtements propres sur ton lit avec 2 bas pareils. Va prendre ta douche, lave tes cheveux et sèche-les avec LE SÉCHOIR. N’oublie pas de te laver les oreilles. Tu peux aussi mettre un peu de parfum de ton père!”

En ces moments pré réunion familiale, ma mère pouvait se transformer en une véritable Fidel Castro. Aussitôt arrivé dans ma chambre, je mets l’album Thriller de Michael Jackson dans mon tourne-disque Mickey Mouse. Depuis 4 ans c’était devenu la trame sonore de ma vie. Je ne peux compter le nombre de Legos construits, de livres lus, les Lip-syncs devant le miroir, d’heures à feuilleter la pochette, de brossage de dent et de douches trop chaudes au son de cet album. Encore aujourd’hui lorsque j’entends Bille Jean j’ai un goût de dentifrice Aquafresh qui me vient à la bouche. C’était devenu une véritable obsession. J’étais officiellement tombé en amour avec la musique et je ne savais pas encore que ce soir-là, mon 12e Noël, ma vie allait changer à tout jamais.

Notre soirée de réveillon se tenait à la résidence de mon oncle et ma tante, les aînés de la famille. Ils possédaient une superbe maison de campagne où s’entassaient plus de 70 personnes le soir venu. Tous étaient accueillis de façon royale. J’ai encore en souvenir tous les mélanges d’odeurs, de textures et de fou rire lorsque nous allions mes cousins et moi jouer à cache-cache dans les piles de manteaux. Dans la cuisine, la quantité de victuailles frôlait les records Guinness. Mes oncles et tantes ont toujours été des hôtes hors pair et des festifs de compétition.

À travers tout ce brouhaha, l’orchestre familial s’installait. La salle à manger allait bientôt se transformer en piste de danse. Mon oncle Émile astiquait sa nouvelle Gibson, ma cousine Nancy accordait sa basse, sa sœur Sylvie s’installait au piano pendant que le cousin Yvon se délayait les doigts sur son accordéon entre 2 gorgées de De Kuyper. Dans le coin un peu plus en retrait il y avait mon oncle Denis qui installait sa batterie… Mon oncle n’était pas un batteur professionnel. Il travaillait en finance, mais son hobby et sa passion étaient la musique. Il jouait tous les week-ends depuis son adolescence. Je me rappelle m’être assis discrètement derrière lui, un verre d’Orange Crush dans une main et des Pretzels dans l’autre pour l’épier. J’étais fasciné de voir toutes les pièces de sa batterie Rogers. Le noir des tambours, le chrome de la quincaillerie, la brillance des cymbales, le blanc des peaux… Je l’observais placer chaque pièce avec la précision d’un chirurgien. Assis derrière sa batterie, il avait l’air de Maverick dans Top Gun au contrôle de son avion de chasse. Il avait le regard de Rocky Balboa face à Ivan Drago. Ça allait être du sérieux!!! Et le son… Wow!!!!!! Cette puissance!!! J’étais hypnotisé. Il semblait être en maîtrise de tout: faire danser les gens, être le lien entre tous les musiciens, dicter les nuances, etc. Il était le « boss « et moi je venais d’avoir mon 2e coup de foudre…

Nous avons tous notre histoire personnelle de premier contact avec la batterie. La plupart du temps c’est un parent, un ami, un enseignant ou un pur inconnu qui en sont les instigateurs. Ces gens ont un rôle capital dans notre développement de batteur. Ce sont eux qui vont semer la première graine, susciter un intérêt et éveiller notre curiosité. Rarement on va les voir sur les couvertures de magazines spécialisés, aux Grammys, à Drumeo ou sur YouTube. Le monde des « Drum Heros » est très niché et pour les initiés. Rares aussi sont les moments à la: “j’ai vu Ringo avec les Beatles au Ed Sullivan Show.” C’est beaucoup plus souvent des histoires à la:

« Mon voisin jouait de la batterie, je trouvais ça cool, j’ai décidé d’essayer. »

« J’ai toujours voulu jouer de la batterie et je me suis inscrit à des cours. »

« Mon prof m’a parlé de Thomas Lang et Dave Weckl »

« Mon cousin drummer m’a montré un vidéo de Virgil Donati. »

« Mon grand-père est un fan de big band et il m’a fait écouter Buddy Rich. »

Ce texte se veut une réflexion sur notre vie de batteur… Que l’on soit musicien professionnel ou amateur, nous avons tous un rôle qui va bien au-delà de simplement bien jouer de notre instrument, de divertir les gens et de créer de la musique. Nous sommes aussi les porte-étendards de la batterie et de la musique en général. Par notre passion et notre amour, nous avons le pouvoir d’inspirer les autres, de leur transmettre celle-ci. Pour les égocentriques je cite les paroles du grand batteur de jazz Adam Nussbaum dans la revue Modern Drummer de janvier 1994 qui sûrement vous feront réfléchir: “I AM THIRD… Music is first, people are second and I am third.»

Donc, soyons fiers et inspirants. Faisons rayonner le plaisir de jouer de la batterie. Qui sait peut-être que ce sera un d’entre nous qui inspirera le prochain Dave Grohl. N’oublions pas qu’un des plus beaux cadeaux que l’on puisse offrir à quelqu’un c’est la musique et c’est bon à vie. Petite Suggestion; prenons 2 minutes cette semaine pour remercier la personne qui a allumé la flamme chez nous.

Merci oncle Denis !

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(English)

By Nicolas Gosselin

To all the Uncles Denis in the world…


December 25, 1987, Saint-Henri de Lévis, -21 degrees Celsius outside, I’m 12 years old….


It’s 6:10 p.m., the 12 labors of Asterix is on at ciné-cadeau and I’m hypnotized by the TV. My mother is talking to me, and I pretend not to hear:
“Nicolas is going to get ready, we’re leaving at 7pm. I’ve put your clean clothes on your bed with 2 matching stockings. Go and take your shower, wash your hair and dry it with THE DRYER. Don’t forget to wash your ears. You can also put on some of your father’s perfume!”


In those pre-family reunion moments, my mother could turn into a veritable Fidel Castro. As soon as I got to my room, I put Michael Jackson’s Thriller album in my Mickey Mouse record player. Over the past 4 years, it had become the soundtrack of my life. I can’t count the number of Legos I’ve built, the books I’ve read, the Lip-syncs in front of the mirror, the hours I’ve spent leafing through the album cover, brushing my teeth and taking hot showers to the sound of this album. To this day, when I hear Bille Jean, I get a taste of Aquafresh toothpaste in my mouth. It had become a real obsession. I had officially fallen in love with music, and little did I know that on that night, my 12th Christmas, my life would change forever.


Our Christmas Eve party was held at the home of my aunt and uncle, the eldest members of the family. They owned a superb country house where over 70 people crowded into the evening. Everyone was given a royal welcome. I still remember the mix of smells, textures and laughter as my cousins and I played hide-and-seek in the piles of coats. In the kitchen, the quantity of victuals bordered on Guinness records. My aunts and uncles have always been great hosts and competitive partiers.

Through all the hubbub, the family orchestra was settling in. The dining room would soon be transformed into a dance floor. My uncle Émile was polishing his new Gibson, my cousin Nancy was tuning her bass, his sister Sylvie was settling in at the piano while cousin Yvon was washing his fingers on his accordion between 2 sips of De Kuyper. In the corner, a little further back, my uncle Denis set up his drum kit… My uncle wasn’t a professional drummer. He worked in finance, but his hobby and passion was music. He’d been playing every weekend since he was a teenager. I remember sitting discreetly behind him, a glass of Orange Crush in one hand and Pretzels in the other, spying on him. I was fascinated to see all the parts of his Rogers drum kit. The black of the drums, the chrome of the hardware, the shine of the cymbals, the white of the skins… I watched him place each piece with the precision of a surgeon. Sitting behind his drum kit, he looked like Maverick in Top Gun at the controls of his fighter jet. He had the look of Rocky Balboa facing Ivan Drago. This was going to be serious!!! And the sound… Wow!!!!!! Such power!!! I was mesmerized. He seemed to be in control of everything: getting people to dance, being the link between all the musicians, dictating the nuances, and so on. He was the “boss” and I had just had my 2nd love at first sight…


We all have our own personal story of first contact with the drums. Most of the time, it’s a parent, a friend, a teacher or a complete stranger who instigates it.

These people play a vital role in our development as drummers. They’re the ones who sow the first seed, spark interest and arouse curiosity. Rarely do we see them on the covers of trade magazines, at the Grammys, at Drumeo or on YouTube. The world of “Drum Heroes” is very much an insider’s world. Rare, too, are the “I saw Ringo with the Beatles on the Ed Sullivan Show” moments. It’s much more often stories a la:


“My neighbor played drums, I thought it was cool, I decided to give it a try.”


“I always wanted to play the drums and signed up for lessons.”


“My teacher told me about Thomas Lang and Dave Weckl”


“My drummer cousin showed me a video of Virgil Donati.”


“My grandfather is a big band fan and he made me listen to Buddy Rich.”
This text is intended as a reflection on our life as drummers… Whether we’re professional or amateur musicians, we all have a role that goes far beyond simply playing our instrument well, entertaining people and creating music. We’re also the standard-bearers for drums and music in general. Through our passion and love, we have the power to inspire others, to pass it on to them. For the egocentric, I quote the words of the great jazz drummer Adam Nussbaum in the January 1994 issue of Modern Drummer magazine: “I AM THIRD… Music is first, people are second and I am third.”

So let’s be proud and inspiring. Let’s spread the joy of drumming. Who knows, maybe one of us will inspire the next Dave Grohl. Let’s not forget that one of the greatest gifts you can give someone is music, and it’s good for life. Here’s a little suggestion: let’s take 2 minutes this week to thank the person who lit the flame in us.
Thank you Uncle Denis!

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(Français)

Par Joel Fortin

Donner la priorité aux fondamentaux.

En tant que professeur de batterie, il m’arrive souvent qu’un élève me dise à quel point il souhaite améliorer sa technique, jouer plus vite, améliorer sa technique ou jouer une coordination plus avancée.

Leur pulsation et celle du métronome n’ont absolument rien à voir l’une avec l’autre, et je ne parlerai même pas de leur compréhension des subdivisions. Et je ne parle même pas de leur compréhension des subdivisions, un concept qui semble inexistant dans leur vocabulaire.

Est-ce que je les blâme ? Bien sûr que non. Si vous regardez sur les médias sociaux, vous verrez des tonnes de batteurs et de professeurs de batterie qui font la promotion de titres comme : Have faster chops in 10 Days, Crazy gospel chops 101, Polyrhythms that will make your brain explode, et ainsi de suite. Pourtant, personne ne parle de ce qui est vraiment important pour un batteur, c’est-à-dire avoir une base rythmique solide et comprendre ce qu’il fait.

Surtout si vous voulez jouer avec d’autres musiciens. À titre personnel, j’ai joué des milliers de concerts, avec des tonnes de musiciens, et personne ne m’a jamais donné de travail parce que je savais faire des rudiments X, tenir mes baguettes de manière identique ou traditionnelle, ou parce que je savais jouer vite. En revanche, lorsque j’étais plus jeune, je me suis souvent attiré des ennuis pour des erreurs rythmiques et des imprécisions. Ne vous méprenez pas. J’aime la technique, les techniques sont cool, et les trucs plus avancés sont importants. Cela fait progresser la forme d’art et la rend plus intéressante. Mais avant d’en arriver là, il faut être capable de jouer une chanson sans accélérer ou ralentir tout le temps. Vous devez être capable de jouer un fill sans ruiner le flux de la chanson.

Comment y parvenir ? Vous devez comprendre ce que vous faites. Vous prenez des cours de batterie, vous COUNT, vous vous entraînez lentement, vous vous concentrez sur la précision rythmique et vous vous assurez que chaque note est au bon endroit. Essayez de jouer aussi proprement que possible avec les bases fondamentales, puis augmentez le niveau de difficulté petit à petit. Vous devez être certain de comprendre exactement ce que vous faites, ce qui s’apprend en connaissant les bases. Ce n’est pas en sentant et en espérant qu’un jour cela fonctionnera, parce que ce ne sera pas le cas ! Car ce ne sera pas le cas ! Si c’est le cas, cela prendra beaucoup plus de temps, ou pire, vous douterez toujours que cela fonctionne.

En conclusion, il ne sert à rien de jouer des morceaux avancés à un niveau bas si vous ne pouvez pas jouer des morceaux faciles à un niveau très élevé. C’est cette attitude qui fera de vous un bon batteur, qui vous donnera de nombreux concerts et qui incitera les autres musiciens à vouloir jouer avec vous. En d’autres termes : Donnez la priorité aux fondamentaux.

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(English)

By Joel Fortin

Give priority to the fundamentals.

As a drum teacher, many times I have a student telling me how much he or she wants to improve theirtechnique, play faster, improve their chops, or play more advanced coordination.

However, one minute into the lesson, it’s crystal clear that they should focus on rhythmic precision.Their pulse and the metronome’s pulse have absolutely nothing to do with one another, and I’m noteven going to talk about their understanding of subdivisions. Which is a concept that appears to be inexistent in their vocabulary.

Do I blame them? Of course not. If you look around on social media, you will see tons of drummers and drum teachers promoting titles like: Have faster chops in 10 Days, Crazy gospel chops 101, Polyrhythms that will make your brain explode, and so forth. Yet, no one talks about what truly matters as a drummer, which is having a solid rhythmic foundation and understanding what you are doing.

Especially if you want to play with other musicians. On a personal level, I have played thousands of gigs, with tons of musicians, and no one ever gave me a job because I could do rudiment X, hold my sticks match or traditional, or because I could play fast. On the other hand, when I was younger, I got in trouble quite a few times for rhythmic mistakes and imprecision. Now don’t get me wrong. I love technique, chops are cool, and more advanced stuff is important. It makes the art form advance and more interesting. Yet, before getting there, you need to be able to play a song without speeding up or slowing down all the time. You need to be able to play a fill without ruining the flow of the song.

How do you get there? You need to understand what you are doing. You take drum lessons, COUNT, practice slowly, focus on rhythmic accuracy, and ensure that every note is at the right place. Try to have your playing as clean as possible with basic fundamentals, and then crank up the difficulty level little by little. You want to be certain that you understand exactly what you are doing, which is learned by knowing the basics. Not by feeling and hoping that one day it will work. Because it won’t! If it does, it will take much longer, or worse, you will always doubt if it will work.

In conclusion, there is absolutely no point in playing advanced stuff at a low level if you first can’t play easy stuff at a very high level. This attitude is what’s going to make you a good drummer, give you plenty of gigs, and have other musicians want to play with you. In other words: Give priority to the fundamentals.