
Franck Camus – Éditeur en chef -Chef editor -Jefe de edición
01/09/2025
(Français)
Éditorial – Le batteur à l’ère de l’IA : Entre groove et gigaoctets
Autrefois être batteur c’était simple (mais pas simpliste).
Une caisse claire, deux toms, une grosse caisse, quelques cymbales, et beaucoup de
sueur. On frappait, on groovait, on cassait des baguettes (pour ma part bien souvent au
début) c’était génial.
Aujourd’hui, être batteur, c’est aussi être informaticien, ingénieur du son, et parfois
même… technicien réseau. Entre les pads, les samplers, les triggers, les interfaces
MIDI et les logiciels d’édition, on pourrait passer plus de temps à configurer le tout qu’à
jouer. Il ne manquerait presque plus qu’un mot de passe pour accéder à son propre
groove!
Bienvenue dans l’ère du batteur augmenté.
Un batteur peut maintenant, en un seul coup de baguette, déclencher un kick vintage,
un bruit de vaisseau spatial, une boucle de voix, et même… un café (bon, pas encore,
mais on y travaille). Le kit est devenu un cockpit, et chaque pad est une porte éventuelle
vers un univers sonore parallèle.
Et puis… il y a maintenant l’intelligence artificielle.
Capable d’analyser ton jeu, de proposer des grooves, de corriger ton sens du rythme,
de suggérer des breaks bref c’est sans fin ces possibilités. Elle pourrait presque te
regarder jouer et te dire : « Tu ne veux pas essayer un truc un peu plus syncopé ? »
Sauf que ce n’est pas elle qui transpire, qui rate son entrée. Elle ne fait pas de grimace
quand elle joue un shuffle à 120 bpm. Bref, elle ne vit pas le groove. Et ça, c’est notre
job.
Alors, faut-il s’inquiéter ?
Pour ma part je ne pense pas parce que malgré tous les gadgets, les algorithmes et les
pads lumineux, le groove reste une affaire humaine. Ce petit décalage volontaire, ce
“laid-back” qui fait danser les gens, ce coup de charleston un peu trop tôt qui donne du
relief… ça, aucune IA ne peut le simuler parfaitement.
Bon après soyons honnêtes : on adore nos jouets.
Les pads, les sons, les textures, les possibilités infinies. On est comme des enfants
dans un magasin de bonbons sonores. Mais on sait aussi que, parfois, un bon vieux
rimshot sur une caisse claire bien tendue vaut tous les plugins du monde.
Alors oui, le batteur d’aujourd’hui est un peu geek, un peu technophile, un peu fou.
Mais tant qu’on garde le groove, tant qu’on joue avec cœur, tant qu’on fait bouger les
têtes et taper des pieds… nous restons des batteurs des vrais!
(English)
Editorial – The Drummer in the Age of AI: Between Groove and Gigabytes
Back in the day, being a drummer was simple (but not simplistic).
A snare, two toms, a kick drum, a few cymbals, and plenty of sweat.
You played, you grooved, you broke sticks (I sure did, especially at the start)—and it was awesome.
Today, being a drummer also means being a computer whiz, a sound engineer, and sometimes even… a network technician.
Between pads, samplers, triggers, MIDI interfaces, and editing software, you can spend more time setting things up than actually playing.
At this point, you almost need a password just to access your own groove!
Welcome to the era of the augmented drummer.
With a single strike of the sticks, a drummer can now trigger a vintage kick, a spaceship sound, a vocal loop, and even… a coffee (well, not yet, but we’re working on it).
The kit has become a cockpit, and every pad is a potential gateway to a parallel sonic universe.
And then… there’s artificial intelligence.
It can analyze your playing, suggest grooves, tighten your timing, propose fills—the possibilities are endless.
It could practically watch you play and say, “Want to try something a bit more syncopated?”
But it’s not the one sweating, missing an entrance, or making a face while playing a shuffle at 120 bpm.
It doesn’t live the groove. That’s our job.
So, should we be worried?
Personally, I don’t think so, because no matter how many gadgets, algorithms, and flashing pads we have, groove remains a human affair.
That tiny intentional delay, that laid-back feel that makes people dance, that hi-hat hit that lands just a touch early and gives the beat its shape—no AI can truly replicate that.
Let’s be honest, though: we love our toys.
The pads, the sounds, the textures, the endless possibilities—we’re like kids in a candy store of sound.
But we also know that sometimes a good old rimshot on a tightly tuned snare is worth more than every plugin in the world.
So yes, today’s drummer is part geek, part technophile, part mad scientist.
But as long as we keep the groove, play with heart, and get heads nodding and feet tapping… we’re still drummers—real drummers!
